Céline David/ janvier 8, 2019/ Mots de soi/ 4 comments

« Légitimité » est un mot qui a pris et prend une place importante lorsque je songe à l’autoédition : quelle légitimité ai-je à m’autoéditer ?

À la source de cette question, il y en a une beaucoup plus grande : quelle légitimité ai-je à me qualifier « auteure » ? Bien sûr, si l’on s’en tient à la définition du dictionnaire, un‧e auteur‧e est une personne qui écrit un livre, produit une œuvre d’art,…

J’ai écrit un livre, je suis une auteure, CQFD.

Sauf que dans ma tête, le raccourci ne se forme pas aussi facilement. Bercée de littérature depuis l’enfance, la figure de l’auteur‧e m’est toujours apparue comme un « titre » attribué par le biais de la publication. Il me semblait indispensable qu’une entité extérieure à l’auteur‧e le désigne comme tel‧le.

Cette entité extérieure, vous l’aurez deviné, c’est l’éditeur‧trice. La conception que les maisons d’édition sont situées au-dessus des auteur‧e‧s est profondément ancrée dans mon esprit et je cherche par tous les moyens à la faire changer.

On pourrait d’ailleurs pousser le raisonnement à l’extrême et se demander quelle légitimité a l’éditeur à procéder aux adoubements ? Est-ce simplement parce qu’il a une connaissance du marché du livre, des attentes des lecteurs et que sa position lui confère toute son autorité ? Ou bien est-ce uniquement parce qu’il est une autre personne ?

Je tiens à préciser que je ne balaye pas d’un revers de main le travail des éditeur‧trice‧s. La grande majorité des maisons d’édition a conscience de l’engagement et de la tâche accomplie par les auteur‧e‧s et les accompagne (avec passion) comme il se doit. Néanmoins, à l’heure du mouvement #payetonauteur, le milieu du livre et le monde éditorial sont en pleine réflexion et pressentent des bouleversements à venir. À mon humble avis, l’autoédition en fait partie.

Quand l’entité extérieure n’existe pas

Si l’autoédition suscite autant la question de la légitimité c’est qu’en choisissant cette démarche, on supprime l’entité extérieure. C’est à cet endroit-là que se situe le nœud du problème : en se passant d’un avis, d’une expertise, d’une source de connaissance que peut représenter à elle seule la maison d’édition, quelle légitimité a-t-on à se juger soi-même ? Quelle objectivité ?

L’attachement qu’a un‧e auteur‧e pour sa production est souvent comparé à celui d’une mère pour son enfant. Je ne m’inscris pas dans cette idée mais je dois bien reconnaître qu’il est plus que difficile d’accepter les critiques, les suggestions, les recommandations, alors qu’on croit dur comme fer que notre texte est tel qu’il doit être et qu’il ne doit pas subir le déplacement d’une simple virgule.

Se passer d’éditeur‧trice implique donc de savoir se remettre en question, de savoir prendre du recul, d’accepter de l’aide extérieure également (bêtalecture, bêtacorrection, etc.). Cela exige de faire preuve d’objectivité, d’honnêteté envers soi-même, d’humilité. La première partie de l’entité extérieure serait alors ce moi qui prend de la distance, qui s’accepte et qui me dit : « oui, tu es auteure ».

Se passer d’éditeur‧trice, c’est aussi faire confiance à celles et ceux à qui les mots sont destinés en dernier lieu : les lecteurs‧trices. Et si c’étaient à elles et à eux qu’il fallait se fier ? Serait-ce là la seconde partie de l’entité extérieure qui manque à mon schéma ?

Auteure, un mot trop grand

Écrire que je suis auteure m’est encore difficile, le dire à voix haute est une toute autre histoire…

Ces sept petites lettres ont une portée encore plus vaste en autoédition puisqu’elles font de nous des auteur‧e‧s et des éditeurs‧trices à la fois. Mais peut-être est-ce là que se situe tout notre équilibre, toute notre légitimité ?


Share this Post

4 Comments

  1. 😮
    C’est à peu près la seule réaction que je peux avoir en lisant cet article.
    Je me reconnais bien là, à me dire que pour être réellement auteure, il faut que je soit publiée à compte d’éditeur. Bien que je le sache pertinemment : c’est faux. J’écris, donc je suis [auteure].
    C’est vrai que c’est encore un mot qui effraie. Un grand pouvoir, de grandes responsabilités, c’est comme ça que ça résonne en moi ^^
    Il m’est encore difficile de me qualifier en tant que tel, à l’oral ou à l’écrit.
    C’est vrai qu’à la vue des derniers événements, la question de l’auto édition est de plus en plus présente.
    Enfin, avant de penser a tout ça, il faudrait déjà que je pense à terminer un projet de bout en bout !

    Très chouette article, merci !!

  2. Merci Mayo !
    Je ne doute pas qu’un jour, on parviendra à se qualifier telles que nous sommes. Il faut accepter que ça puisse prendre du temps. Le cheminement vers l’autoédition permet peut-être d’y arriver, qui sait ? 😉

  3. Réflexion fort intéressante !

    Le titre d’auteur ou d’autrice fait peur ; je pense que c’est normal d’avoir du mal à s’y reconnaitre, même si « on y a droit » parce qu’on est arrivé au bout d’un projet d’écriture.

    J’espère que tu pourra bientôt, après ou même avant t’être auto-éditée, te revendiquer comme écrivaine !

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*